DOLCE VITA, La route

Le tourbillon. Voilà comment j’ai vécu ces deux derniers mois de septembre et octobre, une période dans laquelle je n’ai pas trouvé le temps de vous écrire, ou de manière plus transparente, je n’ai pas eu le courage de créer cet espace-là.

Je crois que quand j’écris, je réfléchis, je digère, et j’ai besoin d’avoir déjà un minimum de recul sur ce qui m’anime. La rentrée de septembre a tout emporté sur son passage avec la sortie du livre, différents événements à organiser (les Fugues Italiennes, un événement digital Italian Joie de Vivre!), la sortie de l’eshop. Beaucoup de to-do-list techniques à descendre, faire et créer, être dans l’action après des mois de ralenti. Cela a vraiment fait du bien.

La pression redescend, l’hiver s’installe. Ça y est, j’ai envie de poser mes pensées, de regarder dans le rétro, comprendre ce que je ressens dans cette période si particulière avant de pouvoir imaginer la suite.

Je suis profondément choquée par tout ce que nous sommes en train de vivre (Covid, terrorisme) et sûrement encore plus que ce que j’ai bien envie d’admettre. Si j’ai « lutté » sans hésitation contre la morosité ambiante lors du premier confinement, là je ne peux pas faire semblant. Je souffre de voir le monde s’ébrécher, nos principes fondateurs de liberté, de civisme remis en cause, j’ai peur aussi pour la suite.

Pour tout vous dire, j’ai vécu un « drame cinématographique » il y a une dizaine d’années qui fait écho d’une manière bizarre à ce que nous vivons maintenant. À sa sortie en salle, je suis allée voir le film « La Route » avec Viggo Mortensen et j’en suis sortie traumatisée pour longtemps. Après une explosion sans explication sur la planète, quelques survivants vivent dans un monde gris sans nourriture ni végétation. Toutes les règles de la vie sociale sautent, certains humains regroupés en bande s’adonnent au cannibalisme. Ce qui m’a profondément choquée dans ce film, c’est la rapidité avec laquelle les règles immuables, sanctifiées, que l’on croyait établies pour toujours peuvent être envoyées valser dans la seconde où un changement fort et non-anticipé fait son apparition. Quand les hommes ont peur, ils sont capables de tout.

Si je l’adapte à ce que l’on vit aujourd’hui, je suis effrayée qu’on ne puisse plus jamais revenir en arrièreoh oui rappelez-vous ce monde où l’on pouvait aller manger indien en bas de chez soi un mardi soir, où on improvisait un voyage aux Maldives à noël suite à une promo Booking et où je n’avais pas peur quand mon père me disait qu’il allait à la messe ») et surtout que le truc dégénère.

Mon mari me le répète depuis mars en boucle, ma plus belle qualité à développer en tant qu’entrepreneure, c’est la flexibilité la plus totale. Continuer à proposer, avancer, faire ce qui peut être fait, annuler quand c’est nécessaire et continuer.

Techniquement, c’est un excellent conseil qui nous a permis de réaliser l’impensable, 2 fugues complètes en septembre dans le Chianti et en octobre à Venise (!!!!), exactement comme on souhaitait les faire.

Je ne vous cache pas que j’ai les larmes aux yeux en repensant à la bande de fugueuses du Chianti le dimanche midi au brunch, apothéose de notre bonheur d’être ensemble, d’échanger, de dévorer une 7ème mozza. Ou en revoyant mes fugueuses de Venise traverser le pont de l’Accademia et le Grand Canal à 18h15 le samedi, quand le ciel et l’eau se confondent pour se rendre à notre Supper Club. 10 minutes après, nous sirotions un spritz dans un salon comme si c’était le nôtre, certaines ayant enlevé leurs chaussures, d’autres étant déjà assises par terre comme chez elles. Ces moments-là de pure camaraderie, de pure beauté vécus toutes ensemble, sont des béquilles sur lesquelles je m’appuie pour continuer.

Mais il a de nouveau fallu prendre une décision et annuler la fugue du mois de novembre. Des mois de travail, un groupe formé et déjà soudé autour d’envies d’ailleurs, de reconnexion à soi, sur fond de truffes et bois toscans. La pilule est difficile à avaler pour tout le monde et ma flexibilité a ses limites ! Ce matin, plutôt que d’enregistrer un nouveau podcast, je rêvais surtout de boire doucement un thé brûlant la Via del Tè, en regardant Love Actually avec ma sœur et rire ensemble aux passages où nous pouffons à tous les coups. Bref, vous voyez l’ambiance.

L’envie d’écrire m’est revenue en tombant sur une photo du bureau de ma grand-mère en Normandie que j’ai posté sur Instagram, sorte d’endroit fantasmé où j’adorerais écrire un truc très intelligent. Puis il y a eu ce direct avec mon amie Marie Robert pour parler de nos livres, mon « L’appel de la fugue » et son « Le voyage de Penelope » (qui est sorti ce 4 novembre). Les 2 livres sont très différents dans la forme mais il existe 1000 passerelles de réflexion entre les deux. Alors, pendant 45 minutes, on a réfléchi, on s’est interrogées, on a voyagé à Athènes et Berlin, discuté comme si vous étions au téléphone à deux et pas en direct devant 250 personnes.

Réfléchir.

Ne pas subir les informations qui m’arrivent, les comptes Instagram qui parlent trop vite, ne pas me sentir prise au piège de ne rien avoir à dire, de ne pas avoir encore une opinion personnelle sur la situation. Me laisser le temps, me foutre la paix pour vivre différemment ce moment qui l’est fondamentalement. Et me créer un espace bien à moi de réflexion comme c’est le cas aujourd’hui.  1h dans l’agenda pour poser des mots sur ce que je ressens, sans faire des analyses socio-politiques que je ne maîtrise pas mais juste pour me relier à mes émotions, mon rythme cardiaque qui a tendance à s’accélérer drôlement ces derniers temps.

Et vous ? Réussissez-vous à réfléchir en ce moment ? Prendre du recul pour analyser ce qui vous traverse ?

J’ai écouté un podcast avec l’architecte Sarah Lavoine, qui disait toujours réussir à trouver le temps malgré son agenda millimétré et rigolait des gens qui en font moins qu’elle mais n’ont jamais le temps de rien. J’aime cette idée qu’on peut toujours y arriver, dégager un espace si on s’organise et arrêter de dire cette phrase qui m’exaspère « je n’ai pas le temps ».

Baci et merci d’être là. Je suis de retour.

Alice

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