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Une Française en filature à Florence

INTERVIEW, Mario Luca Giusti et son art de la table

J’ai eu le plaisir de rencontrer Mario Luca Giusti au siège de son entreprise éponyme la semaine dernière. En dix ans, il a créé une marque d’art de la table au style unique. Chez lui, l’acrylique imite l’effet précieux du cristal et les formes classiques d’un broc ou d’un verre à pied viennent twister le rendu. On retrouve ses gobelets colorés sur un yacht en Sardaigne, dans un loft hyper design comme dans une maison de campagne. Nous avons discuté pendant deux heures de ses débuts, des objets qui l’inspirent et des défis qu’il est prêt à relever. Rencontre.

 

Bonjour Mario Luca! Ta marque est extrêmement créative. Te sens-tu avoir une âme d’artiste?

J’ai toujours du mal à me voir comme quelqu’un de très créatif, mais ce qui est sûr, c’est que j’éprouve un mal-être quand je ne crée rien. Je me retrouve plus dans cette négative! Après, j’éprouve un vrai plaisir à avoir une idée, à la développer et à la voir plaire au public.Marioluca Giusti Ali di firenze 11

 

Comment l’aventure des arts de la table a-t-elle démarré pour toi?

J’ai travaillé pendant longtemps dans la mode et particulièrement les chaussures, que nous vendions déjà ici via lunga où se trouve le siège de ma marque. Je suis parti un jour en Espagne et j’ai flashé sur des petits verres bas très simples, bon marché et qui n’existaient pas en Italie. J’en ai acheté mille. J’ai commencé à revendre ce modèle et je me suis rendu compte à la fin de l’année qu’on en avait écoulé des milliers! Les clientes qui venaient initialement pour les chaussures, repartaient avec mes verres espagnols. L’histoire s’est répétée après un voyage aux Etats-Unis où j’avais trouvé des verres en plastique qui me plaisaient. Après ce double succès, j’ai commencé à dessiner, mais les petits verres espagnols sont restés toutes ces années mon objet fétiche, j’en ai toujours en stock ici !

 

Ta marque de fabrique c’est vraiment l’addition d’un style et d’un matériel particulier. Peux-tu nous en dire plus?

J’ai décidé de prendre le contrepied du marché, en associant un style très classique à un matériel ultra contemporain. Du coup, ce sont des modèles que les gens connaissent car ils les ont déjà aperçus dans un buffet de famille. J’apporte via les couleurs et la matière une modernité et un esprit ludique afin que sur la table, l’effet précieux du « cristal »soit twisté (d’où la tagline Synthetic Crystal).

 

Via les modèles que tu développes et ton histoire, on sent que tu as un vrai goût pour l’art. Je me trompe ?

Marioluca Giusti Ali di firenze 5Oui c’est vrai et cela me vient de ma mère. De mon père j’ai pris la partie plus business et industrie. Les deux me servent beaucoup. Pour le bagage artistique, j’ai été assistant d’un professeur d’art, éditeur pour des publications sur les arts asiatiques notamment. À 16 ans, je donnais même des « leçons d’art » aux ouvriers qui travaillaient pour nous!

 

Tu es Florentin, ton business prospère en Italie ainsi que partout dans le monde. Revendiques-tu un certain Italien Style?

Non, je n’y suis pas attaché. Je prends dans chaque pays ce qu’il a de bon et nous produisons par exemple en Asie. Pour moi la référence absolue, c’est Hermès qui va chercher en Indonésie un bois précieux et ne se met aucune barrière pour garantir l’excellence de son produit final. Culturellement, plus que l’Italie c’est l’Europe qui m’inspire.

 

Tu ne te vois pas vivre l’étranger ?

En Europe il y a une histoire, des arts, un goût… En partant à Hong-Kong, j’aurais peur de perdre une certaine sensibilité. En Italie ou en France, tu es confronté visuellement à tant de beauté, c’est forcement inspirant. Après en grandissant, cette sensibilité évolue, elle se renouvelle et on envisage des choses que l’on a vues cent fois sous un autre angle. C’est cela aussi qui me permet d’avancer et de me lancer dans de nouveaux projets. L’art de la peinture est dans ce cadre très important pour moi car il magnifie la façon de voir les choses sous un autre angle.

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Parle moi de la création. Qui a les idées et dessine?

L’idée du produit vient toujours de moi mais j’aime me confronter à mes équipes en échangeant. C’est important d’avoir le point de vue commercial pour comprendre ce qui marche bien et donc d’avoir leurs retours. Mais je m’autorise toujours un coup de folie en proposant un produit qui crée la rupture. Les clients attendent cela je pense, qu’on les surprenne et que l’on soit créatif.

Je m’autorise toujours un coup de folie en proposant un produit en rupture avec le marché.

 

Il y a une bouteille qui est très belle et pour laquelle tu as collaboré avec un architecte.

Oui. Pour la ligne Bona je me suis associé à Fabrizio Monaci. C’est rare pour moi de faire ce genre de collaboration car quand j’ai en tête une ligne particulière, personne ne me fait changer d’avis. Mais avec lui, cela s’est bien passé!

 

Que se passe-t-il dans ta tête quand tu as un déclic pour une création ?

Je ne pense qu’à l’objet et jamais à comment il va être associé. L’objet doit être considéré pour lui même. De base, je trouve que toutes les couleurs sont belles et je ne m’en prive pas sur les déclinaisons. Bien sûr, le résultat peut plaire ou pas mais ce qui est sûr c’est que je ne veux pas rentrer dans des codes et penser des associations trop faciles. Si tu regardes notre collection de plat Saint-Tropez par exemple, je voulais jouer sur l’aspect ‘céramique peinte à la main’, sur un effet de matière. C’est cette matière qui est bien souvent le point de départ de mes créations et je n’ai pas de problème à ce que ces assiettes n’aillent pas forcement avec nos verres.

Je ne pense qu’à l’objet et jamais à comment il va être associé.

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Finalement tu pars d’un détail.

Oui, le détail fait le déclic. Pour le broc Roberta, tout est parti d’une armoire à ranger et d’une amie que j’ai aidée. J’y ai trouvé une ancienne carafe qui a été l’amorce. J’ai toujours eu envie de créer une ligne pour la salle de bain, et j’ai enfin eu une illumination avec un cendrier chez des amis il y a peu. La ligne, la matière … j’ai trouvé une idée. Je crois que mon expérience dans la mode m’a beaucoup aidé de ce point de vue là. L’attention du détail, s’inspirer d’autres arts pour proposer tous les six mois une nouveauté. En créant des chaussures, j’adorais par exemple regarder les bijoux pour dessiner des boucles. Un dernier exemple serait le dessin de mes packagings, un dauphin qui nage sous les étoiles et qui était l’illustration du papier à lettre de ma grand-mère.

 

La France est un marché prometteur pour toi. Racontes nous ce très bel événement à l’Ambassade italienne de Paris.

12 novembre 2015,  Mario Luca Giusti all' Ambasciata italiana di Parigi © 2015 Guglielmo de' Micheli

12 novembre 2015, Mario Luca Giusti all’ Ambasciata italiana di Parigi
© 2015 Guglielmo de’ Micheli

Grâce à Giada Santasilia Magliano, la merveilleuse femme de l’Ambassadeur, nous avons participé à un événement présentant les excellences italiennes. J’ai donc élaboré une grande table pour présenter les produits. J’ai eu le plaisir de rencontrer Valérie Giscard d’Estaing, de retrouver Inès Sastre qui est une proche. Un grand moment pour la marque !

 

Tu n’aimes pas composer des sets quand tu crées, mais par contre, tu adores mettre la table ! Subtil !

Oui. J’éprouve un vrai plaisir à mettre la table en piochant dans mes produits et en mélangeant avec mes trouvailles. Quand je suis en Italie ou en voyage, je ne me prive jamais d’acheter de la vaisselle si je trouve quelque chose qui me plait. Quand les journalistes m’appellent à Noël pour me demander de composer la table parfaite, je leur dis toujours de mixer mes produits avec d’autres. Il faut être créatif !Marioluca Giusti Ali di firenze

 

Des projets?

Continuer à toujours améliorer le produit. La matière doit être transparente, brillante et l’acrylique n’est pas toujours facile à travailler pour obtenir un résultat parfait. Je souhaite également développer d’autres lignes de produit comme celle du bain dont je t’ai parlé mais aussi des petites tables et lampes.

 

Merci Mario Luca, à bientôt !

A presto !

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Adresse à Florence : via della Vigna Nuova 88r

Adresse à Saint Tropez (réouverture Pâques 2016) : 65 Rue Gambetta

Retrouvez tous les produits de Mario Luca Giusti sur son site ICI.

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Photo By: Ali di Firenze, Mariolucagiusti.com, Guglielmo de' Micheli

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