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Sur les routes d'Italie avec Ali !

INTERVIEW, Matteo Perduca, entrepreneur florentin

Matteo Perduca est un entrepreneur discret. Florentin pure souche, il n’a jamais quitté la ville. Mais il a suffisamment voyagé pour se nourrir d’influences variées lui permettant d’ouvrir à Florence des structures inédites. Boutique And Company mettant en scène l’univers de sa compagne Betty Soldi ainsi que son amour des meubles qu’il chine, puis le B&B Soprarno suite, L’hôtel Particulier Ad’Astra dans le jardin Torrigiani et enfin Sottarno, un bar donnant sur la via maggio et remettant au goût du jour le gouter salé de fin de matinée. Je lui ai posé des questions sur sa passion pour le design – il a pensé la décoration des 2 hôtels et du restaurant – la folie de l’Oltrarno et les qualités pour entreprendre à Florence … Rencontre.

Bonjour Matteo ! Est ce qu’il y a selon toi une recette pour le succès ?

Je crois que l’énergie créative ne suffit pas, il faut beaucoup travailler et … se fatiguer. Pour m’adonner à ma passion pour le design, je n’hésitais pas à me lever la nuit quand j’étais en Angleterre pour faire ces incroyables marchés regroupant plus de 700 antiquaires… il fallait être rapide pour analyser la marchandise, se rappeler où était tel ou tel objet, marcher des kilomètres, remplir le camion … puis rentrer en Italie !

Pourquoi ces aller-retour à Londres ?

Pour passer du temps avec Betty ma compagne. Nous nous sommes rencontrés très jeunes, à Florence. Sa famille est de Toscane mais elle a grandi à Londres. Nous étions ensemble pendant 3 ans à la fin des années 80 mais à l’époque sans mail, sans portable … la distance a été compliquée à gérer ! Nous nous sommes retrouvés des années après et avons maintenant une fille, Alma.

À la base, tu es avocat mais c’est toi qui a pensé la décoration des hôtels avec un goût fou. Peut-on parler d’une reconversion ?

Je suis toujours avocat et je n’ai jamais cessé d’exercer. En parallèle, la décoration et le design m’ont toujours plu et en Angleterre nous avions des amis connaisseurs qui m’ont initié. Je me suis pris au jeu en commençant à emmagasiner des meubles et objets … C’est amusant d’acheter, de chercher la perle rare même si au début, je le faisais vraiment pour moi. Quand Betty est rentrée à Florence il y a 7 ans, elle avait besoin d’un projet motivant, et on a pensé notre première boutique And Company comme l’association de nos deux mondes. D’un côté sa calligraphie, ses produits design, de l’autre mes trouvailles.

Comment est né le B&B Soprarno Suites ?

De notre association avec un ami architecte qui a pensé les lieux et nous a donné carte blanche pour y mettre en scène notre « monde ». Je ne suis pas architecte d’intérieur ou décorateur de profession, je fonctionne à l’instinct et suis très influencé par les voyages que j’ai fait. Brooklyn par exemple, Londres et tous les hôtels du Soho House Group, réelle source d’inspiration. Nos adresses sont florentines mais avec une forte respiration internationale ! C’est vraiment Florence interprétée par quelqu’un qui a voyagé avec des fresques centenaires qui côtoient un vieux siège en cuir, une lampe design. On s’est amusé à raconter une histoire nouvelle et crédible.

J’ai l’impression que tu n’arrêtes jamais et que les projets s’enchaînent à une vitesse folle !

Dès que l’on a terminé Soprarno en 2014, on a cherché une autre adresse. Le jardin Torrigiani est le plus grand parc privé d’Europe, une occasion immanquable pour s’inscrire dans un lieu singulier et symbolique de la ville. Ad’Astra Hôtel Particulier y a ouvert ses portes en 2016 et nous venons tout justed’inaugurer un nouvel étage.

Vous cherchez des lieux « historiques » ?

On cherche des lieux avec du caractère, une histoire. Même si après pour le développement du projet tout n’est pas rose …  Tout d’abord, tu ne peux pas déplacer n’importe quel mur ! Chez Soprarno, il y  des fresques et l’architecte a du redécouper les couloirs pour créer des salles de bain.  Les « Belle Arti »,qui valident les projets, veuillent pour protéger tout le patrimoine historique. Pour le jardin Torrigiani, il s’agissait de mettre d’accord tous les membres de la famille. Pas évident de convaincre de mettre une baignoire là où les ancêtres prenaient leur café ! C’est un patrimoine qui remonte au 13ème siècle et il était important de respecter la famille, les lieux.

Ton dernier bébé c’est ce café-bar où nous sommes, Sottarno. Ta première expérience dans la restauration ?

Non car j’ai eu un restaurant avec des amis, San Agostino 23 pendant quelques années. Le menu était super international, l’ambiance « pub » très sympa mais un conjonction de problème (dont des travaux trop longs dans la rue…) a fait que le business ne marchait pas et on a préféré revendre. Avec Sottarno c’est différent car la salle est née avant tout comme salle de petit-déjeuner pour nos guests de Soprarno Suites juste au dessus. Les lieux sont donc réservés jusqu’à 10h aux voyageurs puis il ouvre au public pour la journée. Tu peux y boire un café en lisant le journal, manger un panini sur le pouce … faire une pause l’après-midi avec une part de tarte.

Tu t’es associé aux Frères Lunardi pour ce projet. Dis-nous en plus !

Si les Fratelli Lunardi étaient à Paris, ils pourraient être à la Madeleine à côté de Fauchon. Desserts et pâtisserie traditionnelle, c’est l’histoire de deux frères qui ont repris la société familiale et ont développé une marque d’épicerie fine de très bon goût. Pour moi, cette association était très importante car le bar Sottarno donne sur la rue, et reflète de manière immédiate la qualité de ce que l’on fait plus haut dans le palazzo avec Soprarno Suite. Il s’agissait donc de s’associer avec les bonnes personnes, des pro dans leur secteur.

Toutes tes adresses sont Oltrarno, une philosophie de vie ?

C’est une zone de Florence qui vaut la peine d’être découverte. Le fleuve Arno joue vraiment le rôle de filtre, tous les voyageurs ne s’aventurent pas de ce côté là ! La crise a permis aussi de créer des opportunités car les loyers y sont bien moins chers que dans le centre historique… Et puis nos adresses sont surtout à côté de chez nous, ce qui nous permet de faire des sauts à la boutique ou dans un des hôtels très rapidement ! Mais le prochain projet devrait nous faire traverser le fleuve.

Une nouveauté ! Tu peux nous en dire plus ?

Un projet de restauration qui mélangerait la tradition florentine et le style bistrot parisien. Affaire à suivre …

Peux-tu nous citer des adresses déco à Florence qui t’inspirent ?

Je peux te citer des boutiques magnifiques comme Flair sur le lungarno, Spazio 900, Dimore via dei fossi, Luca via dei Seragli … ce dernier est vraiment un artiste ! Il faut aussi aller faire un tour sur les marchés aux puces comme ceux de Santo Spirito et de la Fortezza. Et puis il y a les antiquaires à Arezzo, mais il faut les connaître, avoir accès à l’arrière-boutique, là où se trouvent les vraies occasions.

Merci Matteo !

Les adresses de Matteo :

5
Photo By: allanostraportata.it / Ali di Firenze / Soprarno / Adastra
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