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Sur les routes d'Italie avec Ali !

INTERVIEW, Claudio de Polo Président Fratelli Alinari

Alinari. Un nom mythique de l’histoire de la photographie et un instrument puissant de diffusion de l’art italien à travers le monde entier. J’ai eu le privilège de m’entretenir avec Claudio de Polo, son président depuis 1983, personnage passionnant dont les explications du métier, entre amour de l’image et adoption des nouvelles technologies, rendent la visite du musée indispensable lors de votre passage à Florence. Voilà la retranscription de notre premier entretien, assis dans les bureaux florentins de la société, les mêmes depuis 1864.

Bonjour Signore de Polo et merci de me recevoir. J’ai lu que l’Alinari serait la plus ancienne société au monde en matière de photographie. Impressionnant.

C’est tout à fait juste. Les premières photos qui portent le nom Alinari remontent à 1852 et la société a été créée par la suite en 1854 par les 3 frères Leopoldo, Giuseppe e Romualdo Alinari. Cette société est la garante du patrimoine mondial en matière de communication par l’image. Elle a vu le jour pratiquement en même temps que la photographie.

Studio Alinari Alidifirenze

 

La photographie a été une invention qui a bouleversé le marché de l’art. Quel a été le changement le plus important ?

On passe de l’œuvre d’art unique au principe de série. À la différence de la gravure, la photo rend pour la première fois une image « vraie ». C’est donc assez radical ! Avant cette innovation, chaque image était une œuvre d’art en soi car elle n’était pas reproductible. Avec l’apparition de la photo, le principe de l’image ‘œuvre d’art ‘ a été complétement chamboulé car le négatif entraine intrinsèquement la multiplicité, la reproduction.

Pouvez-vous nous parler des personnages qui ont compté dans l’histoire d’Alinari?

Je dirais que l’évolution de la société et de l’industrie a été un enchainement de personnages qui ont su voir les opportunités au delà du simple boitier photographique.

C’est un français qui est un des précurseurs en matière de photographie, notamment car il a su la considérer comme un instrument pour raconter l’histoire de l’art. Eugène Piot (1812-1890) historien de l’art et photographe sous Napoléon III, décide à l’époque de photographier des monuments et donc d’archiver, de classer les œuvres sous forme de photos. C’est l’empereur lui-même qui avait déclenché en France la mission héliographique 1849-1851 pour avoir et donner à son pays un état des monuments français tels qu’ils existaient à l’époque.

Amoureux de l’Italie et de la renaissance italienne, Piot voulait développer le projet ‘Italie Monumentale’ qui n’a malheureusement jamais été réalisé faute de budget du côté du grand duché de Toscane pour produire ce genre de mission. A l’époque, tout le monde n’avait pas les ambitions et le budget de Napoléon !

Concernant les Alinari, l’histoire démarre avec Leopoldo, un des trois frères qui travaille dans un atelier de reproduction d’œuvres d’art. Il prend des photos des monuments et autres biens culturels à Florence et rapidement ses photographies sont imprimées et vendues sous son nom associé à celui de l’atelier qui les diffuse : Alinari presso Bardi.

Alinari preso Bardi photo Alidifirenze

Il faut savoir qu’au milieu du 19ème siècle, la photographie prend place essentiellement dans les albums photo que les touristes achètent et complètent en fonction de leurs goûts personnels avec par exemple une photo de sculpture plutôt qu’un jardin.

 Considérer la photographie comme le meilleur vecteur de promotion de l’art italien dans le monde

Très vite une idée va faire son chemin pour Leopoldo, une intuition forte, celle de considérer la photographie comme le meilleur vecteur de promotion de l’art italien dans le monde. Dans les faits, chaque touriste repart vraiment avec un petit bout de Florence ou d’Italie sur un pezzo di carta (bout de papier) ! Le fond photographique Alinari contient encore aujourd’hui plus de 6.000 albums différents qui représentent le grand tour, ce voyage que faisaient les jeunes aristocrates à travers l’Europe pour perfectionner leur culture artistique. Le voyage finissait bien souvent par l’Italie et chaque album est décliné avec humour en fonction des nationalités.

Albums photo Alinari Alidifirenze

 

Humour ?

Oui ! Des photos de jardins pour les anglais, de beaux cimetières pour les allemands, des églises pour les espagnols … chaque touriste en fonction de ses inclinaisons personnelles constituait ses propres souvenirs d’Italie.

Leopoldo crée un véritable business.

Oui et la société Alinari devient le premier atelier photographique du monde !À la mort de Leopoldo, c’est son fils, Vittorio, qui prend les rênes de la société. Il comprend au début du 20ème siècle que l’apparition de la machine Kodak, l’appareil photo portable et personnel, est la mort du business tel qu’il a été envisagé par ses fondateurs car chaque touriste peut désormais produire lui-même son souvenir. Il vendra la société en 1920.

A l’époque, qui avait intérêt à racheter ce type de société ?

96 actionnaires triés sur le volet parmi le gotha italien (toutes les grandes familles qui ‘comptent’ comme les Antinori, Ricasoli mais aussi la Banque de Florence) achètent la société Alinari et ses 120.000 plaques photographiques. Ils nomment le baron Luigi Ricasoli comme président.

Comment 96 actionnaires et 1 président gèrent-ils un fond photographique historique ?!

Personne ne connaissait quoi que ce soit en photographie mais le président a l’excellente idée de commencer à louer les photos et à en gérer les droits.

Les copyrights donc. Alinari devient une sorte d’agence photographique ?

Oui. Gothique italien, renaissance florentine, monuments variés ; la société gère les copyrights de ses photos qui sont imprimées dans des livres d’art ou d’histoire. C’est à ce jour, encore un des piliers de notre activité.

Le crash de Wall Street obligera les actionnaires à vendre, c’est Carlo Mattioli qui reprend le fond et très vite le passera à Vittorio Cini. Homme extraordinaire, mécène et ami des arts, il va avoir lui aussi une idée de génie. Il décide en effet d’acheter les fonds photographiques concurrents nationaux et internationaux (comme Anderson ou Fiorentini) afin de devenir numéro un mondial des archives photographiques. Le fond de la société Alinari passe à cette époque la barre des 250.000 plaques photographiques.

Au delà du numéro, qu’est ce que cela représente exactement ?

Je dirais que ce n’est pas tant la quantité qui doit impressionner mais le fait que Cini ait entre ses mains à ce moment précis, l’histoire de l’art la plus complète au monde ! Il suivra la société jusqu’à sa mort en 1977.

Quand vous-même êtes arrivé dans la Société, avez-vous continué le travail initié par Cini ?

Absolument. L’acquisition de nouvelles collections de photographies a été cruciale pour consolider notre leadership. Avec 5 millions de

photos à ce jour, notre activité est plus que jamais clé sur le marché de l’art car nous pouvons raconter l’histoire en images. Nous possédons les plus grandes collections de photos sur l’histoire de l’art, l’industrialisation italienne, le Made in Italy et sommes un des plus beaux archives photographique concernant la période du 19ème siècle, des daguerréotypes aux albumines.

Quels ont été les grands enjeux vous concernant ?

Tout d’abord, conserver les techniques d’antan en imprimant les plaques photographiques de la même manière qu’il y a 150 ans. Comme par exemple les éditions limitées que nous produisons, où il y a jusqu’à 16 passages de couleurs.

Il y a également l’organisation et la production des expositions ou la collaboration à des événements en prêtant des photos. Et bien sûr, l’édition de livres et la gestion des copyrights. Les photos servent pour raconter l’histoire de la photographie en elle-même mais également comme support pour décrire une thématique, que ce soit l’art, la mode, la cuisine ou le design.

Cuisine photo Alinari Alidifirenze

Design photo Alinari Alidifirenze

Mode photo Alinari Alidifirenze

 

Vous êtes également l’homme derrière la digitalisation du fond.

Le virage des nouvelles technologies a été passionnant. Aujourd’hui il y a 350.000 images digitalisées disponibles sur notre site (www.alinari.it). Nous sommes également associés à d’autres organisations comme la RMN (Réunion des Musées Nationaux) ou Roger Viollet en France. Si un éditeur cherche une photo particulière qui n’est pas en notre possession, nous le renvoyons vers les autres agences photographiques du groupe (1 million de photos digitalisées) et vice versa.

Le futur pour Alinari?

Tout d’abord, la réouverture dans les mois qui viennent de notre musée dédié à l’histoire de la photographie, situé sur la place de Santa Maria Novella (des travaux ont duré une année pour cause d’ouverture du musée du Novecento attenant à la structure). Il existe également le Musée historique Alinari qui raconte l’histoire de la société et qui se visite uniquement sur rendez-vous. Il permet via un parcours de suivre les étapes du développement de l’entreprise et du marché de la photo. Un des autres grands projets concerne le développement de nouveaux produits multimédia, plus interactifs et créatifs. Et pour finir il y a l’ouverture au printemps prochain du 1er musée italien et 3ème en Europe entièrement dédié à l’image multimédia : Alinari Image Museum situé à Trieste dans le superbe château di San Giusto. Une belle façon de résumer nos ambitions.

Claudio de Polo, président Fratelli Alinari

Claudio de Polo, Président Fratelli Alinari

 

Adresses :

  • MENAF, musée de la photographie, Piazza di Santa Maria Novella, 14 (+39 055 216310)
  • Musée Storico Alinari, sur rdv uniquement , Largo Fratelli Alinari, 15 (+39 055 23951)

 

 

 

Florence photo Alinari Alidifirenze6 Florence photo Alinari Alidifirenze5 Florence photo Alinari Alidifirenze4

Crédit Photo:
  • Alinari, Fratelli, Firenze. Barroccio carico di trenta quintali di vino in fiaschi, 1900 ca., Archivi Alinari-archivio Alinari, Firenze, ACA-F-16270C-0000
  • Balocchi Vincenzo, Giovane donna trasporta numerose forme di pane, disposte su di un’asse, appoggiata sulla spalla, 1939 ca., Raccolte Museali Fratelli Alinari (RMFA)-archivio Balocchi, Firenze, BVA-F-001282-0000
  • Chauffourier, Gustave Eugène, Venditore di angurie, Napoli, 1890 ca., Archivi Alinari-archivio Chauffourier, Firenze, CGA-F-005424-0000
  • Villani Achille, Vaso Ginori disegnato da Gio Ponti, 1950-1960, Raccolte Museali Fratelli Alinari (RMFA)-archivio Villani, Firenze, VAA-F-001144-0000
  • Teiera per tè ed infusi, 1924, argento ed ebano, Marianne Brandt (1893-1983) del Bauhaus Metal Workshop, Weimar, Collezione Privata, Bridgeman Art Library/Archivi Alinari, BAD-F-144224-0000
  • Jean-Claude Planchet, Lampada Arco, Achille Castiglioni (1918-2002) e Pier Giacomo Castiglioni (1913-1968), basamento di marmo, piede in acciaio inossidabile profilato ad U e dotato di tre archi telescopici. Diffusore in alluminio lucido, perforato e orientabile. Iniziata a produrre nel 1962 e ancora in produzione, RMN-Réunion des Musées Nationaux/ distr. Alinari, RMN-S-AA5000-6090
  • Alinari, Fratelli, Veduta del Lungarno Amerigo Vespucci a Firenze, 1890 ca., Archivi Alinari-archivio Alinari, Firenze, ACA-F-002518-0000
  • Anderson, Veduta di palazzo Pitti dal giardino di Boboli, a Firenze. Sulla terrazza è collocata la fontana del Carciofo, opera di Francesco Susini e Francesco del Tadda, in luogo di una precedente fontana con Giunone, opera dell’Ammannati. Sullo sfondo sono visibili la Cupola del Brunelleschi ed il Campanile di Giotto, 1925 ca., Archivi Alinari-archivio Anderson, Firenze, ADA-F-025054-0000
  • Sommer, Giorgio, La Loggia dei Lanzi a Firenze, 1870 ca., Raccolte Museali Fratelli Alinari (RMFA), Firenze, AVQ-A-000039-0035
  • Brogi, Veduta delle arcate di Ponte Vecchio a Firenze con scorcio panoramico della città, 1887, Raccolte Museali Fratelli Alinari (RMFA)-collezione Malandrini, Firenze, MFC-F-000631-0000
  • Alinari, Fratelli Fotografi Presso Luigi Bardi, Veduta laterale della Cattedrale di Santa Maria del Fiore a Firenze, 1855 ca., Raccolte Museali Fratelli Alinari (RMFA), Firenze, FVQ-F-006946-0000
  • Alinari, Fratelli Fotografi Presso Luigi Bardi, Siena. Panorama con Piazza del Campo e la torre del Palazzo Pubblico, 1856 ca., Raccolte Museali Fratelli Alinari (RMFA), Firenze, FVQ-F-028287-0000
  • Alinari, Fratelli Fotografi Presso Luigi Bardi, Torre pendente di Pisa, 1860 ca., Raccolte Museali Fratelli Alinari (RMFA), Firenze, FVQ-F-029710-0000
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