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Une Française en filature à Florence

La chambre secrète de Michelangelo dans la sacristie de San Lorenzo

Une trappe à même le sol, des escaliers raides d’une dizaine de marches, et là… le choc. Dans une petite pièce de 7 mètres sur 3, Michelangelo a vécu trois mois reclus pour s’éviter les foudres des Médicis dans un contexte politique tendu. Les murs conservent les précieux souvenirs de ces 90 jours de réclusion forcée en 1530, à coup de dessins et ébauches préparatoires tous plus spectaculaires les uns que les autres.

Un pied vu de face, ce qui semble être un autoportrait, le visage d’un Laocoon, des jambes tout en muscles puissantes, une femme esquissée sur près de 2 mètres de hauteur … Les murs sont recouverts grâce à un simple bout de charbon de bois, matériel assez commun pour les artistes de l’époque.

Michel-Ange était trop perturbé pour vraiment travailler à des projets. Ces dessins sont une sorte de psychanalyse artistique pour exorciser la peur. Les traits sont rapides et nerveux, souvent interrompus, ils traduisent l’inquiétude.

Monica Bietti, la directrice du musée des Chapelles de Médicis qui m’a guidée lors de cette visite, avait déjà confié au magazine Le Point cet analyse intéressante de la situation « Michel-Ange est sauf, mais il est dans la gueule du lion. Il a peur de mourir. Son frère vient de succomber à la peste. Peut-être quitte-t-il sa cachette la nuit pour aller aux nouvelles. Mais le jour, dans l’obscurité de sa cave-cellule, le génie de la Renaissance privé de son atelier utilise ce qu’il a sous la main, les murs et du charbon de bois, pour dessiner : études pour projets à venir – les jambes de la statue de Julien, duc de Nemours – et copies de mémoire du panthéon artistique de l’époque, comme la tête de Laocoon. Michel-Ange était trop perturbé pour vraiment travailler à des projets. Ces dessins sont une sorte de psychanalyse artistique pour exorciser la peur. Les traits sont rapides et nerveux, souvent interrompus, ils traduisent l’inquiétude ».

Mais où se trouve cette cachette secrète ? C’est toute la beauté de l’histoire ! Michelangelo s’est caché là où personne ne viendrait jamais le chercher : dans la sacristie nouvelle située dans la basilique de San Lorenzo, juste à côté de la sublime Chapelle des Princes.

Cette basilique était historiquement la paroisse officielle des Médicis (l’équivalent de notre église de quartier) car la famille logeait à côté au palais Medici-Riccardi via Cavour. La chapelle des princes abrite les tombeaux de la famille et sa construction fut projetée par Ferdinand 1er grand duc de Toscane. Fraîchement débarqué de Rome où il avait pu admirer l’art antique du travail de la pierre, il souhaitait créer un écrin unique fait entièrement de mosaïques de marbres afin de célébrer sa famille pour l’éternité.

Naîtra à Florence à la même époque, l’Opificio delle Pietre Dure afin de soutenir le chantier du tombeau. L’Opificio est ouvert encore aujourd’hui et abrite le musée dédié au travail de la pierre ainsi que le centre de restauration d’œuvres d’art le plus célèbre d’Italie. Les plus beaux marbres ont été réunis pour l’occasion et le chantier fut géré par l’architecte Matteo Nigetti sur les préceptes de Vasari, grand ingénieur architecte de l’époque (on lui doit notamment le corridor qui porte son nom et qui est visible au dessus du Ponte Vecchio, mais également la Loggia et la place des Offices).

A côté des tombeaux se trouve la nouvelle sacristie, abritant la cachette de Michelangelo. Intégralement conçue par l’artiste lui-même, elle représente un de ses travaux les plus complets en mêlant peinture, sculpture et architecture. Elle fut commandée par le pape Léon X (un Médicis) à la mort de son frère et de son cousin, qui étaient tout deux condottieri (chefs d’armée).

Michelangelo va alors imaginer 2 tombes face à face qui représentent le jour et la nuit d’un côté, l’aube et le coucher du soleil de l’autre. Monica Bietti, m’a expliqué sa théorie concernant la couleur des marbres. Plus blanc, quasiment transparent pour la nuit, et légèrement plus doré pour le coucher du soleil… des symboles extrêmement délicats et subtiles qui correspondent bien au souci du détail de l’artiste (les personnages sur le plafond de la chapelle Sixtine à plus de 20m de haut ont des carnations différentes, détail invisible pour nos pauvres yeux de mortel mais crucial pour l’artiste).

C’est par cette sacristie qu’il est possible de rejoindre la chambre secrète. Une émotion tellement forte devant ce trésor découvert il y a à peine 15 ans et sauvé des eaux et de la boue !

Merci Merci Merci … à Monica Bietti, Directrice du musée des chapelles de Medicis à San Lorenzo qui m’a ouvert les portes de cet endroit exceptionnel et à Tessa Castellano.

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